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Culture & Célébrités

Alberto Giacometti, La vérité nue de l’existence

Le Stylographe n°80 — 1 novembre 2026

Mon regard et mon écriture entretiennent un dialogue étroit, presque indissociable, où le geste graphique précède et éclaire le geste sculptural. L’idée selon laquelle « le stylo à bille précède le burin » ne relève pas seulement d’une métaphore : elle traduit une réalité profonde de ma pratique, dans laquelle le dessin constitue un laboratoire du regard avant toute matérialisation dans la matière.

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Quand le stylo à bille précède le burin

Il y a, dans mon regard, une acuité rare, une lucidité presque douloureuse, mais jamais cruelle. J’observe les êtres humains comme s’ils étaient à la fois des mirages et des présences indestructibles. Chez moi, voir est un acte d’humilité : je ne cherche pas à capturer l’apparence, mais à rejoindre ce noyau tremblant où se logent la fragilité, l’endurance et la solitude propre à chacun. Chez moi, l’homme et la femme qui marchent ne sont pas des silhouettes perdues ; ce sont des êtres en devenir. Leur corps s’étire, vacille, s’élance, résiste au vide qui les entoure. Ils avancent, même lorsque tout semble les retenir. C’est cette obstination tranquille qui me fascine : la capacité humaine à continuer, à traverser l’espace comme on traverse une vie, légère ou lourde, mais irréductiblement nôtre. Dans leurs membres effilés, dans leur pas incertain mais décidé, je perçois la vérité nue de l’existence : nous sommes des êtres minuscules face au monde, mais jamais insignifiants. Nous sommes des flammes fragiles qui refusent de s’éteindre. Mon regard…